Écrire, pour résister.

Écrire à la première personne, pour partager un quotidien de rencontres humaines et médicales, des réflexions, des rêves, et des infos, pour celles et ceux qui auront envie de lire. Patient·e·s, collègues, curieux·ses ou simples naufragé·es du web, je vous souhaite la bienvenue.

C’est un projet qui mûrit depuis quelques mois. A vrai dire, ce ne sera pas un coup d’essai. Écrire le quotidien d’un étudiant en médecine m’a déjà animé il y a une quinzaine d’années, et m’a, d’une certaine façon, amené précisément où je suis aujourd’hui. Ce qui est nouveau, c’est d’écrire en mon nom propre. Entre hardiesse et vulnérabilité, ce choix permettra -j’espère- de donner plus de force au propos.

L’idée a germé au fil des coups de boutoir assénés à un système de santé et un modèle social fatigués. Voir au quotidien ces enfants, ces femmes et ces hommes accuser les coups. Voir des collègues douter, vaciller, abandonner le navire devant l’ampleur de la tâche. Sentir que l’on me demande de plus en plus de pallier les failles du système, alors même que je n’en ai pas les moyens. Se sentir impuissant. Accueillir la souffrance. Non pas celle pour laquelle je suis formé, liée à la maladie, mais celle qui découle de la dégradation de leur environnement. Le déclin des politiques de santé publique, de la protection sociale, des conditions de travail, de la démocratie, de la paix, de la nature.

« Pourquoi diable parle-t-il de ça, si c’est un blog de médecin ? » Parce que tous ces éléments sont des déterminants de santé. La santé est grossièrement déterminée par trois composantes : la génétique, le soin, et l’environnement. S’il paraît évident que mon rôle de médecin généraliste ne permet pas tellement d’agir sur « la génétique », et tout aussi évident qu’il occupe la partie « soin », il n’est peut-être pas si intuitif qu’être médecin généraliste c’est aussi et surtout agir sur « l’environnement ». C’est pourtant là que se joue l’essentiel. Or nous ne jouons pas à armes égales avec ce système qui engendre les déclins cités plus haut. La confiscation du débat par la classe politique et une partie de la classe médiatique est source de frustration.

J’aime mon métier. J’aime la place privilégiée qu’il me donne au cœur de la société. Peu de métiers permettent une telle proximité avec une telle diversité d’individus. Peu de métiers permettent de donner autant. J’aime cette impression de pouvoir « entendre le bruit du monde », au contact des patient·e·s. J’aime que ce métier soit éminemment politique -au sens plein du mot.

Et puis, de la même façon qu’on ne sépare pas l’homme de l’artiste, le médecin que je suis est aussi papa, mari, ami, musicien, passionné par un millier de choses dont les sciences et la nature, et plein d’autres choses encore… bref, un homme comme beaucoup d’autres, qui réfléchit à contribuer du mieux qu’il peut au bien commun de l’humanité.

Écrire, c’est donc un moyen de se réapproprier le discours, de lutter contre le sentiment d’impuissance, et de lutter contre la désinformation. Tant sur nous, soignant·e·s, que sur nous, citoyen·nes, ou que sur la science elle-même. Je ne suis pas écrivain ou journaliste et n’ai pas la prétention de penser bien écrire. Je n’ai pas d’autre dessein que celui d’écrire et partager. Une voix parmi d’autres dans ce bruit du monde, pour raconter ce qu’il y a à l’intérieur, avec sincérité et engagement.

Écrire, c’est résister.

Une réponse à « Écrire, pour résister. »

Répondre à aupaysdesvachesmauves Annuler la réponse.